L'étape du Tour 2011 - Acte 2 par Joël Merceron
Une journée inoubliable
Faire une étape du tour « un rêve de gamin « comme dirait Lionel, mais cela ne s’improvise pas de vouloir se mesurer sur le terrain des coureurs. Ils font du vélo leur métier avec un environnement professionnel. Le défi à relever n’est pas simple, alors quand les éléments s’en mêlent cela devient très très compliqué…
Le dimanche 17 juillet 2011, est l’objectif sportif de 11 cyclistes de Beaucouzé pour l’étape du Tour entre Issoire et St Flour 210 km et 9 côtes dont 7 répertoriées pour le maillot à pois rouges. Tout le monde s’est préparé à sa manière pour cette journée qui doit rester inoubliable avec des images, des chiffres et des impressions gravés dans la mémoire de chacun pour longtemps.
Notre groupe de Beaucouzéens s’était donné rendez vous dès le 14 juillet avec comme camp de base le Gîte FFCT des 4 Vents à Aubusson d’Auvergne.
Le samedi 16 direction Issoire pour récupérer les dossards plaque de cadre avec la puce électronique et le fameux tee-shirt collector. Il y a 6500 inscrits.
La pression (pas uniquement atmosphérique) est palpable. Il fait lourd, le soleil brille. Certains se plaignent de l’éloignement du parking mais la question qui est sur toutes les lèvres est quel temps fera t’il demain ? Les informations météo ne sont pas réjouissantes. La chaîne météo spécialisée annonce 50 mm de pluie dimanche matin ! Dans le village départ, on trouve tout le business lié au vélo : matériel, équipement, alimentation. Joseph et Jean-Michel en profitent pour acheter des vestes imperméables d’autres font le plein de barre énergétiques. Petit détour par Ambert pour déjeuner et nous arrivons juste à temps pour voir la Montée du plateau de Beille avec un Voeckler en jaune. Que c’est beau le tour de France Sous le soleil.

Derniers préparatifs matériels, cela sent la veillée d’arme. On fixe les plaques de cadre, on raccourci une chaîne, Frederic change un pneu en dernière minute. Chacun gonfle sa monture mais pas trop fort car la chaussée risque d’être « mouillée » et il ne faut pas perdre de l’adhérence. Pendant le chargement des vélos dans le camion Anjou-Bike, Gilles fait ses derniers réglages tournevis en main.
Pour le dîner, pâtes au menu mais aussi un plateau des fromages d’Auvergne avec les 3 AOC St Nectaire, Cantal et Fourme d’Ambert. Il est facile de deviner la nature des conversations : vélo et météo. Chacun a ses sources, les infos sont convergentes avec de la pluie dès le matin et même peut être du vent. Le doute s’installe dans certaines têtes s’il faut rajouter le mauvais temps à la difficulté du parcours. Comme dirait Georges : le Vélo doit rester un plaisir. Joël espère que la météo va se tromper en cette année de sécheresse.
Dans le dortoir, la question avant de se coucher est « comment tu t’habilles demain ? » Assez pour se protéger mais pas trop pour pouvoir respirer…
La nuit est courte et le sommeil agité. Quand le réveil sonne à 4 h du matin, on a tous l’impression de ne pas avoir fermé l’œil. Quel temps fait-il ? du vent mais il ne pleut pas… Après un solide petit dej, départ en voiture à 5h10, il pluviote. Une demie heure après, en passant par Clermont-Ferrand, c’est la tempête avec de fortes rafales, l’inquiétude se généralise. Avec de telles conditions en plaine, les organisateurs vont-ils donner le départ et lancer plus de 6000 cyclistes dans la montagne jusqu’à 1500m d’altitude ?
Arrivés à Issoire, le temps se calme, on devine les monts d’Auvergne dans les gros nuages noirs.
En sortant des voitures, les 2 compères de l’étape du tour 2010 (Georges & Joël) se jettent un coup d’œil et décident de ne pas prendre le départ. Georges veut éviter une journée de galère et Joël rajoute que dans ces conditions on ne pourra pas apprécier les paysages ni profiter des descentes…
Les 9 autres se préparent, parmi eux, seuls Gilles (118) et Patrick (1620) ont déjà participé à l’épreuve. 6h45, Il faut se rendre au départ. Dans les sas de départ qui sont fonction du N° de dossard, l’inquiétude se lit sur de nombreux visages. La grande fête attendue n’est pas au rendez vous. Les tenues vestimentaires sont très variées : des cyclos super équipés, d’autres avec un sac poubelle en guise d’imperméable et même des « guerriers » en manches courtes. Il fait 12°c mais sans pluie. Le départ est donné à 7h05 pour les premiers et les organisateurs laissent un délai de 3 mn entre chacun des 10 sas. Fréderic part dans la dernière vague à 7h 45, il commence à pleuvoir. Selon les organisateurs, ils sont 4052, au lieu des 6500 inscrits, à franchir la ligne de départ dont nos 9 Beaucouzéens.

Tout le monde a étudié sur papier le profil du parcours. Les 45 premiers km doivent être plats mais selon Jean Jacques au bout de 3 km une bosse à faire pâlir les cotes de l’Anjou. Massiac première difficulté du parcours, Fredo passe 5 mn avant la voiture balai. En fait il s’agit d’une véritable colonne de véhicules balai avec des cars pour les coureurs qui abandonnent et 4 énormes camions rouges pour leurs vélos. Il pleut fort et la température baisse. Les premiers signes des difficultés de la journée sont visibles. Un coursier avec un dossard à 2 chiffres revient du front il est monté en haut du col du Baladour et est redescendu par une petite route parallèle. Transit de froid, il décrit des conditions dantesques sur le plateau d’Allanches. Il prend place dans le bus et son vélo est dans les 10 premiers rangés dans le camion balai.
Les conditions météo deviennent exécrables avec pluie, grêle et très fort vent de face Tout le monde se souviendra de la traversée du plateau d’Allanches comme le plus dur moment de vélo.
Jean Michel » j’étais à fond sur les pédales dans un faux plat descendant et le compteur indiquait 17km/h. sans me retourner, je savais qu’il y avait plus de 25 gars en file indienne derrière moi. »
Patrick : » des conditions apocalyptiques, des dizaines de participants font demi tour. Pendant plus de 10 km je voulais jeter le vélo, mais pas un arbre pour se mettre à l’abri. Une camionnette de gendarmerie est remplie de concurrents, les vélos autour et les gendarmes transit de froid dehors pour assurer la sécurité»
Daniel : » j’avais tellement froid aux mains que je ne pouvais pas passer les vitesses ni freiner. »
Jean- Jacques : » c’était très impressionnant, pas âme qui vive, des vélos abandonnés sur le bord de la route on se demandait ce que l’on faisait dans cette galère »
Lionel : « Dans la descente il fallait faire très attention. On grelotait tellement que cela faisait trembler le guidon. »

Le ravitaillement d’Allanches km 68, que beaucoup voulaient sauter pour ne pas perdre de temps, devient vite un camp de naufragés. Joseph n’arrive pas à motiver Jean- Jacques pour repartir avec lui. Les quelques tentes dans la gadoue sont insuffisantes. Les premiers se réfugient dans les cafés qui sont vite bondés. La municipalité ouvre à la hâte la salle polyvalente. La sécurité civile fait face à plusieurs centaines de personnes frigorifiées. Les couvertures de survie sont distribuées. Dans cette foule Daniel et Jean Jacques retrouvent Patrick qui a beaucoup de mal à se réchauffer. « C’était très impressionnant. Certains avaient enlevé leurs vêtements mouillés et s’étaient enroulés dans les rideaux de séparation de la salle des fêtes. Les gars tremblant comme des feuilles mortes sous leur couverture de survie faisaient un bruit comme de la pluie sur des tôles. D’autres allongés sur des petits matelas de gym avaient beaucoup de mal à récupérer. Les organisateurs nous ont informés que des bus nous rapatrieraient sur St Flour et que les vélos seraient mis dans des camions. Nous avons attendu prés de 2 heures. C’est au moins une trentaine de bus qui ont du faire cette navette. »


Pendant ce temps là, la course se poursuit. A Murat (km 147) un homme seul est devant, il passe avec 5 mn d’avance sur 2 autres coureurs mais avec 45 mn de retard sur l’horaire initialement prévu. Il est midi la pluie s’est enfin arrêtée, avec le vent, les routes sèchent.
12h38 Joseph appelle au téléphone du 2eme ravitaillement km 113, il est confiant avant d’affronter le col du Perthuis.
Gilles passe à Murat vers 13 h il est dans un groupe de 4 ou 5. Jean Michel le suit avec 5 bonnes minutes de retard. Anita, Lucas et Sonia sont un peu plus loin pour leur tendre une musette de ravitaillement qui est la bienvenue.
A quelques dizaines de km de là, Fredo prend un solide ravitaillement en bas du Puy Mary. Au moment de partir, les organisateurs annoncent la fin des délais » soit vous rentrez en vélo sous votre responsabilité, soit vous attendez les bus » après 113 km d’effort Fredo, choisit la 2eme solution pour rejoindre St Flour. Ils sont seulement 2252 à être passés au sommet !
A Murat, Les supporters de Beaucouzé :
Quentin, Louis, Isabelle, Sylvie, Martine encouragent les rescapés avec un peloton très clairsemé. Pas un seul paquet de plus de 10 gars. Après le virage les pom-poms girls ont du mal à dérider les visages qui voient la pancarte sommet du col du Prat-bouc 9km.
Vers 14h15, 2 hommes en rouge arrivent. Lionel et Rémy sont en tête de leur groupe ils ont l’air fringants pour affronter les 63 derniers km. Il reste à attendre Joseph qui passe à 15h. En 2 minutes il avale 2 gels énergétiques un comprimé de sel et en regardant le ciel relativement clément laisse sa veste imperméable. D’un air plus que décidé, en fermant les poings, il dit : »c’est bon, ça va le faire » il était temps car 10 mn après, l’organisation déviait les coureurs attardés pour rentrer à St Flour par la Nationale en hors course.
A St Flour, les premiers sont déjà arrivés. C’est Lilian Jégou (ex pro) qui franchit la ligne le premier à 13h50 en 6h49. Gilles arrive vers 15h30 juste avant Jean Michel qui lui tape sur l’épaule la ligne d’arrivée franchie.
Lionel finit vers 16h40 « rêve de gamin en poche ». Rémy le suit d’une dizaine de minutes après une petite chute juste avant l’arrivée.
Joseph termine à l’arrachée avec une couverture de survie sous le maillot. Les yeux humides d’émotion, il reçoit la médaille des finisher.
Au total, ils seront seulement 1852 à franchir la ligne dans les délais dont 5 du SCB.
Nos 5 héros du jour ont reçu les chaleureuses félicitations de tous
Quelques commentaires d’après course :
Jean Michel 146eme en 8h10 « c’était dantesque. J’ai été impressionné par la population au bord des routes malgré le temps exécrable. Je n’ai pas calculé. Pour remonter mon dossard 3116, j’ai du sauter de groupe en groupe vers l’avant. Je suis satisfait d’être dans les 150 premiers. »
Gilles 271eme en 8h31 : « Pas mécontent de ma performance après ma chute du printemps qui m’a obligé à 2 mois d’arrêt. Pendant 2 heures j’ai pensé abandonner, heureusement ceux avait qui j’étais m’ont dit tu ne vas pas arrêter après avoir fait tout ça ! Le soleil est revenu et cela fait ma 4eme étape du tour sans doute la plus difficile. Je vais bien dormir ce soir… »
Lionel 667eme en 9h11 : « pour la météo, on était prévenu depuis longtemps. Dans la descente du premier col, j’avais le bout des doigts tout blanc, il fallait bien tenir le guidon et faire très attention. Notre semaine de préparation avec Joseph en Arriège a été très utile. Je suis hyper content et pas trop fatigué. »
Rémy 757éme en 9h18 : « sans revenir sur la première partie, les paysages de la 2éme moitié étaient magnifiques. Le château d’Alleuze, c’est superbe même si la côte était difficile. Les derniers km ont été très très longs. Ça râlait dans le groupe en demandant quand ça allait se terminer ? Je suis très satisfait d’avoir réussi cette épreuve.
Joseph 1813éme en 10h39 : « Avec mon dossard 3116, j’arrive en même temps qu’un anglais qui avait le 3115, alors je lui ai pris la main pour la photo finish. Avec un bon équipement, une bonne préparation et un très gros mental et on réussit le challenge. A 63 ans, c’est peut être mon dernier, je suis très heureux ! »
Le 17 juillet 2011 va s’inscrire dans l’histoire du club avec beaucoup de souvenirs à raconter sur les routes du dimanche matin. Le SCB fait une belle performance d’ensemble avec moins de non partants et d’abandons que la moyenne de l’épreuve et 4 dans les 1000 premiers.
Bravo à nos 5 forçats de la route et merci à tous

Joël Merceron le 19 07 201