L'étape du Tour 2012 - Acte 2 par Patrick Ausset
Dossard 3997

Au départ je ne voulais rien écrire et puis, chassez le naturel il revient au galop.
J’espère que vous ne trouverez pas cela trop long, ennuyeux ou trop dithyrambique. Encore lui !
Je soumets donc mon texte comme d’habitude à la censure.
J’espère que d’autres participants proposeront leur récit ou leurs impressions.
Je joins quelques photos trouvées sur le site Maindru pour montrer les conditions météo.
14 juillet 2012 :
* 4 h 45,
le réveil sonne, je me lève. Comme des milliers de gens, j’ai mal ou peu dormi.
Ce matin, le premier réflexe est de regarder le ciel. Il fait encore nuit mais il doit être couvert, car aucune étoile n’est visible. Les prévisions météo n’ont guère évolué, c’est toujours couvert le matin avec un risque de pluie, puis soleil voilé l’après-midi.
Il ne pleut pas, c’est déjà ça.
Quelle tenue mettre ? Je sais qu’il va faire froid dans les cols. J’adopte pour le haut un tee-shirt maille piquée et deux maillots. Ciré pour les descentes, gant d’été pour la montée, 1 gant d’hiver et une musette pour les descentes.
Le bas ? J’adopte le cuissard court mais, je me fais suivre un collant d’hiver et les sur chaussures et même une veste thermique dans la voiture.
Petit déjeuner copieux : thé vert, yaourt, banane et une part du gâteau que je prépare systématiquement pour ce genre d’épreuve. J’ai bon appétit, c’est bon signe.
* 6h 15
Arrivée à Pau. Comme la veille, le vendredi, je me gare pas loin de la Place Verdun. Lors de mon trajet j’ai doublé des cyclistes qui se rendaient à Pau, sans éclairage.
Mince, j’ai oublié de donner un sac avec des affaires de change. Je téléphone à Georges. Compte tenu des difficultés de circulation, Martine ne viendra pas au départ.
Je téléphone à Sonia, mais je tombe sur le répondeur. Je fais quand même mon sac on verra bien. Heureusement, Sonia me recontacte, c’est OK pour le sac, ouf !
* 6h 30
J’arrive place Verdun et je me dirige vers l’entrée des sas, sans oublier de passer par les supers toilettes installées pour l’occasion. Dans le temps, on avait notre bouteille sur laquelle on inscrivait « Urine », que l’on laissait au départ ou alors on sautait la barrière pour aller pisser un peu plus loin, contre le mur d’une maison par exemple. Bonjour le mur si plusieurs avait la même idée ! Pour les femmes …système D, souvent entre les portières avant et arrière de la voiture, ouvertes pour l’occasion. LOL
Je rentre dans le sas déjà à moitié plein, je dépose mon vélo contre les barrières et ressort pour attendre les autres.
* 6h 45 « Anne ma sœur Anne ne vois-tu rien venir ? »
Finalement Sonia et Anita arrivent essoufflées (elles ont dû courir), récupèrent mon sac, me souhaitent bon courage. Je regagne mon sas qui est plein, me fraye un passage pour récupérer mon vélo. Par contre, je n’ai vu aucun des autres gars, si ce n’est Jean-Michel, que j’ai aperçu regagnant son sas.
* 7h
Ça y est c’est parti pour le n°1, puis les n° 2,3, 4…et enfin le mien, le n°5. Jean-Michel, Lionel et Rémi sont déjà partis.
Ça part à donf. Je calque mon début de course sur le rythme d’un petit groupe. Malgré notre vitesse qui oscille entre 30 et 40 km/h, nous sommes doublés sans arrêt par d’autres concurents. Peu importe, le but est de s’échauffer, d’enrouler les braquets sans trop forcer. La côte de Rébénacq me semble moins difficile que lors de ma reconnaissance ; c’est bon signe. Le groupe initial se disloque dans la bosse, un autre se forme ; ça va être comme ça toute la journée, y a pas le feu au lac.
Laruns, les choses sérieuses vont commencer. Nous attaquons le col d’Aubisque, un nouveau concurrent, que nous allons côtoyer toute la journée se joint à nous : le brouillard ! Après une première partie avec de faibles pourcentages jusqu’aux Eaux Bonnes, les difficultés commencent avec un nouvel accompagnateur, le crachin.
André Casset (sas n°6), dit « Dédé le Coiffeur » est le 1er à me rattraper, juste avant le panneau 13 %
Un petit mot d’encouragement et il poursuit sa route. Je double trois concurrents avec des vélos qui ressemblent à des mini-vélos. Deux des trois dossards correspondent à des n° 9000 !!! Pourtant, ils ne m’ont jamais doublé !!!
Je suis plus doublé que je ne double mais …il ne faut pas s’affoler.
Gourette, 100 m de plat et ça repart.
Sommet du col d’Aubisque. Malgré le brouillard et la pluie, des spectateurs sont là, certains avec leur camping car pour l’étape des pros mercredi.

J’enfile mon ciré et c’est parti pour la descente, les mains sur les freins, l’une des pédales déclenchée en cas. Connaissant la descente, je récupère des coureurs qui m’avaient doublé. Certains sont déjà frigorifiés. J’attends quand même avec un peu d’appréhension le fameux tunnel où l’an dernier j’avais percé comme l’on dit dans le milieu. Ouf c’est passé !
Vu l’état de mon poignet gauche deux préoccupations m’ont tenu compagnie pendant toute l’épreuve : ne pas tomber et ne pas percer.
Attaque des deux km du col du Soulor. Comme prévu je ne suis pas resté longtemps Sous Laure. Toujours plein de monde au sommet.
Descente du Soulor, je continue à récupérer des gars. Un concurrent qui a voulu doubler par la droite a failli finir dans le ravin !
Arrens-Marsous la première partie de la descente est finie. Des groupes se reforment dans les plats et faux-plats jusqu’à Arras. Il ya du monde dans tous les villages traversés et même à Aucun !
Dernière partie de la descente extrêmement rapide jusqu’à Argelès. Je me régale …
* 11 h 20
Arrivée sur la place du foirail. C’est noir de monde avec pas mal de concurrents enroulés dans une couverture de survie (ça me rappelle quelque chose). Je refais le plein de mes bidons déjà vides, mange un peu, remplit mes poches (dommage il n’y a pas d’aliments salés). J’enlève mon ciré, je suis trempé ; je récupère une couverture de survie (encore une pour ma collection) que je place sous mon maillot.
*11 h30
Je repars, en avance sur mes prévisions, regardant si par hasard il n’y avait pas des visages connus parmi les spectateurs mais il y a trop de monde. En bas d’Argelès il me semble entendre mon prénom Patrrriiiiiiiiiiiiiiiiccccccccccccckkkkkkkkk !(ah non c’est pour l’autre). C’est Martine qui me demande si j’ai besoin de quelque chose. Non, c’est OK à +. C’est parti en direction de la plus grosse difficulté de l’étape. Entre Argelès et Pierrefitte, je regarde non sans émotion le village de Saint Savin.
CARRE BLANC : comme j’ai l’impression que ce mauvais jeu de mots a échappé à certains lors de sa première diffusion je le refais : « Saint Savin village devenu célèbre parce que Patrick Ausset l’habite … ». On fait ce qu’on pneu !
Des groupes se font et se défont jusqu’à Luz. Je m’arrête pour mes besoins et enlever ma couverture de survie un peu avant Luz. Je repars et à l’entrée de Luz, un petit salut amical de Joël (sas n°7). Il est plus à l’aise que moi pour quelqu’un qui n’a jamais grimpé un col, je n’essaie pas de le suivre. Je pense que mon escapade est terminée et que les autres ne vont pas tarder à me rattraper.
* 12 h30
Début de l’ascension du Tourmalet. C’est bon je suis toujours dans les temps.
Dans les lacets qui conduisent à Barèges Philippe et Thibaut me rejoignent. Sachant qu’ils sont partis dans le sas n°9, ils ont bien marché.
Ensuite c’est François (sas n°8), Daniel B (sas n°7) à l’entrée de Barèges, Daniel C (sas 8) à la sortie. Chacun y va de son encouragement. C’est vrai que je ne suis pas bien, je n’arrive pas à trouver une position pour mon poignet, qui m’évite les frottements et les ampoules. Impossible de rester en danseuse plus de 10 m.
N’ayant plus d’eau, je m’arrête au ravitaillement de Super Barèges. J’y retrouve Baniel B qui repart et c’est là que Georges m’a rejoint. Je remplis mes bidons, je mange. Comme plein d’autres je me bourre de biscuits salés. Comme je commence à connaître Georges je lui dis de ne pas m’attendre.
Il repart avant moi, je l’aperçois un peu plus haut lorsque je repars. Il n’a pas l’air très bien car je le rejoins. Lorsque je le rejoins il me dit que finalement c’est moi qui ne dois pas l’attendre. Je prends quelques longueurs d’avance et je ralentis ensuite me disant que finalement ça serait aussi bien de finir à deux. On profite de cet instant pour être sur la même photo.

Un coup de moins bien et voilà Georges qui « s’envole » vers le sommet en disparaissant dan s le brouillard. Ça y est j’ai récupéré le dossard n°12 du club. Mon but est toujours de finir. Arrivée en haut du Tourmalet vers 15h, j’ai mis 30 min de plus que le 1er juillet !! J’enfile mon ciré et c’est reparti pour la descente d’abord prudente dans le brouillard en ralentissant à cause du MER..GLAS à l’entrée de La Mongie. Une fois passé La Mongie, je fais la descente avec une pointe à 65 km/h malgré la pluie. Je redouble plein de gars. J’essaie de faire tourner les jambes car avec le froid les crampes se font sentir. Quel imbécile j’aurai dû mettre le cuissard long et les sur chaussures. Un peu trop novice le gars du coin : il aurait dû se fier à son instinct et non pas aux prévisions météo !
La pluie me brouille la vue, j’y vois double. C’est bon pour le moral, je double deux fois plus de concurrents !!! lol

Arrivée à Sainte Marie de Campan à 15 h 25
C’est bon je suis toujours dans les temps. Je cherche du regard des visages connus parmi la foule encore très nombreuse, puis je retrouve celles qui constituent mes anges gardiens depuis ce matin : Anita, Sonia et Maïté. Devant moi le même spectacle d’apocalypse que l’an passé. Je suis frigorifie Anita me conseille d’aller me réchauffer dans la tente des premiers secours. Après un moment d’hésitation, j’ai décidé de repartir. Anita m’amène de quoi manger, Sonia est partie chercher mes affaires sèches. Anita insiste pour me donner ses chaussettes car les miennes sont trempées. Elle m’aide même à m’habiller car avec ce put… de poignet cassé ça va pas très vite. Dans ce genre de situation on dirait que c’est une mère pour moi mais là c’est impossible, elle est beaucoup plus jeune que moi !! lol. J’ai l’impression d’être un petit vieux qu’il faut habiller car impotent. Les mauvaises langues diront « tu es déjà un petit vieux »
Ça y est je suis prêt, je ne sais pas quelle heure il est. Sonia arrive « Dépêche-toi ils ont fermé la route ». Je sors de la tente, il ne reste plus qu’un vélo tout seul, le mien, il n’y a plus personne au ravitaillement. Je pars comme un voleur mais un virage plus loin, je suis « rattrapé par la patrouille ». C’est fini !!
Je me redirige vers Sainte Marie de Campan avec deux autres gars qui se sont fait arrêter un peu plus haut. J’arrive aux barrières où s’agglutinent des concurrents hébétés qui arrivent du Tourmalet, prêts à repartir mais à qui l’on dit que tout est fini.
Lorsque je récupère mes anges gardiens, je n’ai pas encore réalisé que c’était fini. Je monte dans la voiture avec Maïté qui a plus confiance en un gars du coin qu’à son GPS. J'envoie un SMS à Isabelle qui bosse jusqu’à 21 h : Cé raté ! »
C’est seulement quand je retrouve les copains de Beaucouzé tous contents d’avoir réussi leur pari, que je réalise. Je les félicite, j’ai les larmes aux yeux mais j’arrive à me contenir.
Martine arrive en précisant que Georges arrive ; à 17 h il était à Arreau.
Philippe me ramène jusqu’à Pau. Dans la voiture tous les gars ne parlent que de faire la fête. Arrivé à Pau je souhaite une bonne soirée à tout le monde. Personne ne me demande de venir manger avec toute l’équipe le soir. J’envoie un message de félicitations à Georges que finalement personne n’aura attendu à l’arrivée, si ce n’est Martine ! Encore heureux lol !
Je rentre ensuite chez moi.
Le lendemain au téléphone, je recontacte Georges qui part en vacances. Pour lui comme moi, c’était la dernière ! Pour moi c’est sûr, lui a dit ça sur le coup de la colère !
Pendant une semaine je n’ai pas touché au vélo et des images défilent dans ma tête, notamment celles dans la tente à Sainte Marie de Campan où je n’ai pas fait attention au temps qui s’écoulait. Quand l’un des responsables a demandé qui montait dans le bus et que j’ai vu la tente se vider, je n’ai pas réagi.
Je suis donc rentré samedi 21 juillet et c’est seulement là que j’ai vu les classements des gars du club.
Sur le site, j’ai vu le message de Joël, l’auteur des supers reportages des EDT 2010 et 2011, qui se plaint, avec son humour habituel, de ne pas encore avoir de récit de celle-de 2012.
Dimanche 22 sortie à Beaucouzé, c’est la première fois que je revois certains gars de l’EDT : Jean-Michel, Lionel et François.